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Les trois portes: conte philosophique

En cheminant sur les sentiers alsaciens, la pensée s'évade. Un pas après l'autre on avance, tantôt facilement, tantôt pas. Et de tout cela une petite histoire toute simple nait...

 

 

 

Les trois portes

 

Mon conte ne commencera pas par « Il était une fois ». Mais bien par « Il est une fois ».

 

Il est une fois, et non pas deux, tant il est vrai que jamais deux fois on ne traverse la même rivière. Il est une fois et pourtant ils sont deux et devant eux se dressent trois portes qui s'ouvrent sur trois chemins. Comprenez-moi bien, il y a trois chemins comme il y a trois portes et pourtant ils sont deux et un choix s'offre à eux.

 

La porte de droite est richement décorée : dorures à foison, diamants étincelants, poignée d'argent. La porte de gauche est ornée de trompettes et de couronnes de lauriers. Et vous l'entendez ces trompettes claironnent haut et fort leur renommée. Si la porte de droite est celle de la richesse, celle de gauche est la porte de la gloire. La dernière porte, je ne peux vous la décrire tant les motifs qui qui la couvrent changent sans cesse.

 

Mais que font ces deux hommes, face à ces trois portes ? Ils ont accourus au son d'une rumeur qui elle-même a couru à travers villes et villages, répandant la promesse d'un trésor fabuleux.

 

Ces trois portes sont fermées, bien entendu, mais comme cette histoire est très bien construite, un personnage encapuchonné apparaît à cet instant. A sa ceinture pendent trois trousseaux. Le premier homme se précipite pour choisir un trousseau qui comprend peu de clefs, mais elles sont toutes en or. Le deuxième homme choisit un trousseau qui ne comprend qu'une seule clef, mais elle est d'argent ; c'est la clef du succès Mais à qui va revenir le troisième trousseau ? Hé bien je pense que vous n'êtes pas très attentif, car, pendant que je parlais, un troisième homme s'est approché. Je comprends que vous ne l'ayez pas remarqué immédiatement, car il est d'aspect plus discret que les deux premiers qui me semblent pleins de morgue et de suffisance. Ce troisième homme reçoit le dernier trousseau qui comprend de très nombreuses clefs, pour la plupart rouillées et tordues.

 

Le premier homme, qui a choisit le trousseau de clefs dorées décide d'ouvrir la porte de la richesse. Mais quand il observe ses clefs, ils est vite déçu. Les clefs se nomment « travail », « abnégation », « sacrifice ». Elles sont grosses, rugueuses et entrent difficilement dans la serrure. L'homme tente de les faire tourner mais il abandonne vite au profit d'une clef nommée « malhonnêteté », qui ouvre facilement la porte.

 

Le deuxième homme ouvre la porte de la gloire grâce à la clef du sucés. Quand au troisième homme il hésite longuement et fini par choisir une clef nommée « générosité ».

 

Voilà donc notre premier homme qui s'avance sur le chemin de la richesse. Le chemin est aisé et comme il a choisit la clef de la malhonnêteté, il n'a aucun mal à dépouiller les gens qu'il croise. Bientôt le voilà pourvu de beaux habits, les poches pleines d’argent et entouré de nombreux serviteurs. Mais au bout d'un moment le chemin devient ardu, petit à petit les gens se méfient de cet homme et s'écartent de sa route. Le chemin monte, devient caillouteux et notre homme peine. Voilà qu'apparaît alors une porte dérobée et notre personnage encapuchonné qui refait son apparition. Le choix est simple, soit notre homme décide de se défaire de sa clef de la malhonnêteté et essaye de continuer son chemin, soit il prend le raccourci, par la porte dérobée. Pour passer cette porte ? Oh, il suffit de trois fois rien, il faut juste se défaire d'une partie de son âme. L'homme n'hésite pas longtemps, qu'est-ce que l'âme face à l'or ! Et le voilà qui franchit la porte dérobée.

 

Notre second homme, qui a choisit la porte de la gloire avance lui aussi très facilement, c'est normal, il a la clef du succès et n'a pas peur d'en user et d'en abuser. Bientôt, il est entouré d'admirateurs, il est acclamé sur son passage et tout cela est fort agréable ! Mais la clef du succés, à force d'être utilisée, fini par s'user. Bien sûr, notre homme pourrait travailler pour s'en forger une nouvelle, mais cela est trop dur. Et bientôt le voilà qui, lui aussi avance plus difficilement sur son chemin. Les admirateurs disparaissent les uns après les autres et leur présence lui manque terriblement. Mais voilà, comme de bien entendu, une porte dérobée apparaît et notre personnage encapuchonné également. Le choix est simple : notre homme peut soit, à force de travail, se forger une nouvelle clef ; soit prendre le passage dérobé, voler leur talent aux autres. Pour se faire, il lui suffira de se défaire d'une partie de son âme. Le choix est vite fait, l'attention et l'admiration des autres manquent trop à notre homme et il s’engouffre dans le passage dérobé.

 

Qu'advint-il de notre troisième homme ? Son chemin n'est pas aisé, comme il a choisit la clef de la générosité, il est très souvent sollicité. Le peu qu'il a, il le donne, ou le prête, il partage. Et un temps, sa progression s'en trouve ralentie. Mais au bout d'un moment, les gens qu'il a aidé, l'aident à leur tour. Ils progressent, à plusieurs et petit à petit le chemin devient plus facile. De nombreuses portes dérobées s'ouvrent le chemin de notre homme et à chaque fois le personnage encapuchonné le sollicite. Mais notre homme refuse, il continue son chemin, bien droit et de plus en plus entouré.

 

Mon histoire pourrait se continuer longtemps. Je pourrais vous dire les réussites ou les échecs de chacun, leur amours, leurs amitiés, leurs chagrins et leurs bonheurs. Mais voici déjà le bout du chemin. Pas de trésor fabuleux mais bien un miroir. C'est le miroir de l'âme bien sûr et je n'ai pas besoin de vous dire qui s'y regarde sans difficulté.

 

Sous ce miroir il y a un lit et chacun va pouvoir se coucher dans celui qu'il mérite. Notre premier homme, qui a choisit la voie de la richesse en la parcourant sous le signe de la malhonnêteté, se couche dans un pauvre lit. Pas de réconfort pour lui, sa couche reflète la pauvreté de sa vie. Et quand, avant de fermer les yeux, il contemple le chemin qu'il vient de parcourir, ce n'est pas une voie dorée qu'il voit, mais un chemin sombre et triste.

 

L'homme qui a choisit la gloire, mais qui la gardée en volant le talent des autres, se couche seul, désespérément seul. Et le chemin qu'il voit est terne et vide.

 

Au bout du chemin de notre troisième homme il y a un lit tout simple, mais il s'y couche entouré de nombreux amis sincères. Et avant de fermer les yeux il contemple son chemin. Il n'a rien d’exceptionnel, si ce n'est que de ce chemin de nombreux autres émergent, comme un fleuve qui aurait donné naissance à pleins d'autres cours d'eau.

 

Et quand nos trois hommes ferment les yeux pour toujours, vous savez bien, vous, qui a un sourire aux lèvres.

 

 

 

©Emy Rêve

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon travail n'est pas libre de droit. Merci d'indiquer le lien vers mon blog si vous partagez ce texte.

Angelilie 19/04/2017 23:00

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une découverte et un enchantement.N'hésitez pas à venir visiter mon blog. au plaisir.

Emy 20/04/2017 08:15

Merci du compliment. je ne manquerais pas de faire un tour chez vous.